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Voyage à compter du
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Beaucoup de lecteurs se sont plaint de la platitude de mes récits, de leurs cotés bon enfant, juvénile même, desquels ne se dégage aucune prise de risque de la part de l’auteur, aucune folie. En résumé, on m’a fait comprendre que je méritais à peine une tribune dans Le Progrès, pilule dure à avaler, moi qui rêve de scandales à la Houellebecq. Il a fallu que je me remette en cause, que je considère le Petit Nicolas de Sempé comme un loser et Pierre Perret comme un génie. Que je recompose mes emails fadasses en écrits sallasses.

Pour conclure ce voyage, je me décide donc à prendre la plume pour vous parler de ma verge.

Le tour du monde de Willy*

'Voyager c’est découvrir'

Certainement, mais d’après moi, voyager c’est surtout comparer, car une fois l’homme abreuvé de découverte, que lui vient-il à l’esprit ? La comparaison (fréquemment précédée par la critique, surtout chez les français). La comparaison donc, est bien souvent la seule analyse faite par notre cerveau moyen lors d’une excursion. Cette analyse pourrait avoir toutes les vertus d’un chercheur, si malheureusement elle ne se limitait pas à ce qui fait de l’homme un homme, son pénis.

Je n’en fus pas en reste lors de mon dernier vagabondage.

Le Canada fut ma première terre d’accueil à l’aube de l’hiver 2006 et si le canadien s’avère d’emblée chaleureux, c’est qu’il est en fait complexé. Le réchauffement climatique a des conséquences connues de tous. Me permettrais je de divulguer les conséquences de six mois d’hiver rigoureux sur les parties intimes de nos amis trappeurs ? Non, mais il semble que seul le caribou soit épargné dans cette contrée de grands froids. C’est pourquoi je fus tout à mon aise lors des soirées arrosées où l’étranger de service que je représentais, se devait de d’exhiber Babar debout sur une table en chantant la Marseillaise. Et dans la cabane du pisteur, étuve chauffée à blanc par un poêle en rute, combien d’allers retours en caleçon ultra moulant n’ai je pas effectué, pour dévoiler ce que je ne me permettrai pas, moi littéraire, de qualifier de bosse de maths.

Fort de cette hyper confiance, je quittais le pays au printemps pour l’Asie, avec je ne pourrai vous le cacher, un petit sourire en coin. L’Asie est une région aux dimensions disproportionnées, l’asiatique n’est pas en reste… Le japonais - j’engloberai aussi sous cette dénomination son cousin coréen – est plus grand que ses aïeux, ce qui me laissait présager un membre en conséquence. Et bien la profusion de bains en commun, m’a démontrée à quel point j’avais tort. Le Japon possède une culture du bain complètement différente et beaucoup plus développé que chez nous autres. Au Japon le bain se prend en commun, certains sont même mixes, j’ai d’ailleurs évité ceux ci de plein grés, de peur de faire mouiller de larmes des millions de nippones. Ici, toute pudeur est oubliée, le male se promène libre, nu comme un vers de bains en saunas, de douches en jacuzzis. Je vous laisse imaginer dans quel état de domination je me trouvais, dans ce pays où toute ablation d’un prépuce pour cause de phimosis entraîne la perte visuelle de l’organe. Je jouissais, multipliant les poses explicites et les regards moqueurs. Avec mes 7,43cm, j’étais le roi.

Trop sûr de moi, je continuais mon périple, Bangkok, Singapour, Philippines, aucun gros problème, que des petites choses. Et puis l’erreur fatale. Celle qu’un professionnel comme moi aurait dû éviter, l’Afrique. Il aura suffit d’une seule douche en plein air avec les zoulous locaux le jour de mon arrivée sur le continent noir pour que mon sentiment de domination phallique soit anéanti. La simple évocation de ce moment m’est encore douloureuse, c’est pourquoi je ne développerai pas. Blessé, mon amour propre heurté, mon ego bafoué, le reste du séjour fut une torture que je ne souhaite à personne, même l’achat d’un boubou ample pour cacher les restes de ce que j’appelais encore il y a peu 'Le colosse de Chambéry', ne su combler mon désarroi.

Ce rappel à l’ordre brutal est sans conteste la cause de mon retour anticipé. Comment vivre quand l’illusion n’est plus ? Maintenant, Pierre, moi aussi je sais tout.

Je suis un loser

*En anglais 'Willy' a une double connotation, il s’agit du diminutif de William (le 'guillaume' anglais) mais surtout son sens le plus commun est la traduction du terme chéri de nos chérubins : 'zizi'.

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